La Commission européenne ouvre une enquête contre Red Bull pour abus de position dominante

Le 13 novembre 2025, la Commission européenne a annoncé l’ouverture d’une enquête formelle à l’encontre de Red Bull, pour suspicion de pratiques anticoncurrentielles constitutives d’un abus de position dominante sur le marché des boissons énergisantes.

Cette affaire retient particulièrement l’attention, tant par le profil de l’entreprise concernée, acteur majeur du secteur, que par la nature des pratiques examinées, parmi lesquelles figure, de manière inédite, une possible utilisation abusive du rôle de “category manager” (ou gestionnaire de catégorie). 

Un acteur en position dominante sur le marché des boissons énergisantes

Red Bull occuperait depuis de nombreuses années une place centrale sur le marché européen des boissons énergisantes, caractérisée par une forte notoriété de marque et une présence commerciale massive dans les circuits de distribution, tant généralistes que spécialisés.

Dans ce contexte, la Commission européenne s’interroge sur l’existence d’une position dominante, condition préalable à l’application de l’article 102 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).

Pour mémoire, une entreprise en position dominante se voit imposer une responsabilité particulière de ne pas fausser le jeu de la concurrence.

Des incitations accordées aux distributeurs dans le viseur de la Commission

L’enquête porte notamment sur certaines incitations monétaires ou non-monétaires qui auraient été accordées par Red Bull à des distributeurs.

Sans que le détail des pratiques ne soit encore public, ce type de mécanisme peut soulever des difficultés lorsqu’il conduit à :

  • évincer ou marginaliser des marques concurrentes ;

  • restreindre la liberté commerciale des distributeurs ;

  • ou verrouiller l’accès au marché pour de nouveaux entrants.

Selon une jurisprudence constante, de telles pratiques peuvent constituer un abus de position dominante lorsqu’elles produisent des effets d’éviction anticoncurrentiels, indépendamment de l’existence d’une intention d’exclure.

L’utilisation abusive du rôle de “category manager” : une approche inédite

L’un des aspects les plus novateurs de cette enquête réside dans l’examen d’une éventuelle utilisation abusive du rôle de category manager.

Dans de nombreux secteurs, les fournisseurs peuvent être amenés à assister des distributeurs dans la gestion d’une catégorie de produits (implantation en rayon, analyses de ventes, recommandations d’assortiment).

Ce rôle, en principe licite, pourrait toutefois soulever des préoccupations de concurrence s’il était utilisé par un opérateur dominant pour :

  • favoriser systématiquement ses propres produits ;

  • désavantager ou invisibiliser les produits concurrents ;

  • ou influencer la stratégie commerciale du distributeur au-delà de ce qui est objectivement justifié.

Si ces soupçons étaient confirmés, la Commission pourrait considérer que Red Bull a détourné un outil de coopération commerciale au service d’une stratégie d’éviction, au détriment d’une concurrence effective.

Dans son avis n° 10-A-25 du 7 décembre 2010, l’Autorité de la concurrence avait déjà analysé les risques associés à cette pratique, principalement sous l’angle des ententes :

  • entre distributeurs et fournisseurs : pratiques visant à évincer les concurrents et échanges d’informations permettant au gestionnaire d’anticiper les stratégies commerciales de ses concurrents ; et,

  • entre distributeurs : rôle “pivot” exercé par le gestionnaire de catégorie permettant aux distributeurs d’accéder à des informations sensibles sur ses concurrents.

L’Autorité avait formulé certaines recommandations afin de limiter le risque concurrentiel, notamment en matière de séparation des fonctions, d’encadrement de l’accès aux données et de garanties de neutralité dans les recommandations formulées aux distributeurs.

Quels enseignements pour les entreprises et les réseaux de distribution ?

Cette enquête illustre la vigilance accrue des autorités de concurrence à l’égard des relations entre industriels puissants et distributeurs.

Elle rappelle que :

  • les avantages accordés aux distributeurs doivent être objectivement justifiés et proportionnés ;

  • le recours au category management doit être strictement encadré, transparent et fondé sur des critères non discriminatoires ;

  • les entreprises en position forte sur un marché doivent intégrer le risque concurrentiel dès la conception de leurs stratégies commerciales et marketing.

Les sanctions encourues en cas d’abus de position dominante peuvent être particulièrement lourdes, avec des amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial du groupe concerné, sans compter l’impact réputationnel et les actions indemnitaires éventuelles.

Spécialisé en droit de la concurrence, le cabinet Roblet Avocat accompagne les entreprises dans l’audit et la sécurisation de leurs pratiques commerciales et tarifaires, l’encadrement des relations avec les distributeurs (incitations, category management, exclusivités) ainsi que dans la mise en place et le renforcement de programmes de conformité en droit de la concurrence.

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