La traque de SheinDifficile d’échapper à l’actualité très dense entourant la plateforme chinoise d’ultra fast-fashion Shein. L’ouverture très commentée d’une boutique au BHV, les enquêtes journalistiques qui se multiplient, les alertes des associations… et, dernier scandale en date, la mise en vente de poupées sexuelles à l’effigie d’enfants. En quelques mois, Shein est devenue un sujet omniprésent dans le débat public. Si la plateforme cristallise autant de critiques, c’est parce qu’elle incarne un modèle économique de plus en plus incompatible avec les attentes réglementaires, sociétales et environnementales. Elle concentre à elle seule les grandes problématiques du droit économique contemporain : transparence des chaînes d’approvisionnement, loyauté de l’information au consommateur, pratiques commerciales trompeuses, conformité douanière, protection des mineurs, sécurité des produits, impact environnemental du textile, etc. Mais au-delà du tumulte médiatique, les autorités organisent progressivement une véritable riposte juridique, qui mobilise de nombreux outils : contrôle des pratiques commerciales, encadrement de la publicité, lutte contre la contrefaçon, surveillance douanière, etc. La “traque de Shein” illustre ainsi la convergence de mécanismes juridiques encore parfois dispersés, mais guidés par une même ambition : mieux protéger le consommateur et favoriser des modèles économiques plus responsables. Non-respect de la déontologie publicitaireEn octobre 2025, le Jury de Déontologie Publicitaire (JDP), instance chargée du contrôle de la déontologie publicitaire, rattachée à l'ARPP, s’est prononcé sur une campagne promotionnelle visant à valoriser les engagements sociaux et écologiques de l’entreprise. Saisi par certains consommateurs et l'association France Nature Environnement, qui reprochaient à la plateforme d'avoir cherché à se donner une image faussement respectueuse du bien-être social et de l’environnement, le JDP a considéré que les engagements mis en avant étaient formulés de manière trop vague et insuffisamment vérifiable, ne permettant pas au consommateur moyen d’apprécier la réalité de ces affirmations. Il en a profité pour insister sur la responsabilité particulière qui pèse sur les acteurs de l'industrie textile en raison de l’impact environnemental de cette industrie et de la forte sensibilité du corps social à cette question. Fausses réductions de prix et écoblanchimentDans un communiqué de presse publié le 3 juillet 2025, la DGCCRF a annoncé avoir conclu une transaction à hauteur de 40 millions d’euros avec la société Infinite Styles Ecommerce Limited, qui exploite la plateforme Shein en Europe. L’administration reprochait à la plateforme d’afficher des promotions permanentes sans respecter les règles relatives au prix de référence, créant faussement une illusion de bonnes affaires, et de s’être présentée comme une entreprise responsable, ayant réduit de 25 % ses émissions de gaz à effet de serre, sans pour autant fournir de preuve de ces allégations. Une enquête est par ailleurs en cours au niveau de l’autorité italienne de concurrence concernant l’emploi par l’opérateur d’allégations génériques, vagues, confuses et trompeuses. Fin mai 2025, la Commission européenne annonçait avoir engagé une action contre Shein à la suite d’enquêtes menées par la France, la Belgique, l’Irlande et les Pays-Bas et ayant révélé l’existence de pratiques commerciales trompeuses envers les consommateurs européens (faux rabais, pression à l’achat, informations mensongères ou opaques concernant les conditions de vente). Interfaces trompeuses pour inciter à la surconsommation25 associations de consommateurs européennes, dont l’UFC-Que Choisir, ont alerté la Commission européenne conjointement avec le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) quant à l’utilisation par Shein d’interfaces trompeuses visant à pousser à la surconsommation (dark patterns) : sollicitations répétées incitant les consommateurs à finaliser un panier ou à rester sur la plateforme, notifications répétées destinées à créer une impression artificielle d’urgence à acheter, faux compteurs de stock ou de temps limités, etc. Concurrence déloyaleDans un communiqué publié le 19 novembre 2025, les principales fédérations du commerce et de l’industrie ainsi qu’une centaine de marques du secteur ont annoncé avoir engagé une action judiciaire contre Shein pour concurrence déloyale. Elles demandent réparation des préjudices subis du fait des pratiques commerciales déloyales mises en oeuvre par la plateforme, et de son contournement des règles sociales, fiscales et environnementales. Non-respect des obligations d’information sur les qualités et caractéristiques environnementales des produits générateurs de déchetsAu mois de juillet, la DGCCRF avait également annoncé avoir prononcé une amende administrative de 1,098 million d’euros à l’encontre de l’opérateur pour non-respect des obligations d’information sur les qualités et caractéristiques environnementales des produits générateurs de déchets introduites par la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire du 10 février 2020 (AGEC). En l’occurrence, une enquête avait établi l’absence de l’information relative à la présence de microfibres plastiques dans les produits alors que celle-ci doit être mise à disposition du consommateur dès lors que la proportion de fibres synthétiques dans le produit est supérieure à 50 % (sous la forme de la mention “rejette des microfibres plastiques dans l'environnement lors du lavage”).
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